Renforcer le lien entre les compétences des jeunes et l’emploi

16 octobre 2019
A Syrian refugee at work in a Lebanese textile factory supported by UK aid and Mercy Corps.
Russell Watkins / DFID

L’emploi des jeunes est un défi mondial et une préoccupation politique importante dans le monde entier. L’Organisation internationale du Travail estime que plus de 64 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans sont sans emploi dans le monde. Le problème semble être plus répandu dans les pays en développement, où les jeunes sont deux fois plus susceptibles d’être au chômage ou piégés dans des emplois de mauvaise qualité que dans les pays développés.

Le manque de possibilités de travail est un obstacle évident à l’emploi des jeunes, indépendamment de l’endroit où ils se trouvent. Toutefois, des données montrant l’impossibilité persistante de combler des emplois vacants et un taux de roulement élevé chez les jeunes font ressortir deux autres problèmes. Le premier est l’inadéquation entre les compétences des chercheurs d’emploi et les exigences des postes à pourvoir.

Faits saillants

  • Les agences nationales pour l’emploi en Afrique francophone doivent accroître l’accès, l’équité et l’efficacité dans le jumelage des jeunes et des emplois.
  • De plus, les programmes d’appariement des emplois doivent tenir compte des perceptions des jeunes et des stigmates potentiels associés à des emplois particuliers ou à des programmes d’aide à l’emploi.
  • En outre, il faut mieux comprendre les aspirations, les ambitions et les préférences des jeunes.
  • Enfin, les centres de services d’emploi doivent continuellement évaluer si leurs services répondent aux besoins de la collectivité.

Le deuxième a trait à l’inefficacité de l’information ou aux « frictions » sur le marché du travail, à savoir que les employeurs ou les demandeurs ne disposent pas des renseignements dont ils ont besoin pour conclure un accord de travail avantageux. Le taux de roulement élevé reflète le fait que les jeunes chercheurs d’emploi s’engagent dans une carrière qu’ils connaissent peu, pour découvrir plus tard qu’elle ne correspond pas à leurs attentes en matière d’épanouissement personnel ou professionnel.

Meilleures correspondances entre les demandeurs d’emploi et les employeurs

Le CRDI appuie plusieurs projets de recherche qui utilisent des méthodes rigoureuses d’évaluation d’impact pour cerner les moyens les plus efficaces de régler les frictions en matière d’information en Afrique francophone, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Diverses parties prenantes sont intervenues soit pour mettre les jeunes en contact avec les possibilités existantes, soit pour leur donner la possibilité d’améliorer leurs compétences en fonction de la demande. Par exemple, certaines agences nationales de placement recueillent des offres d’emploi, puis recherchent des candidats potentiels qui sont facilement employables ou qui seraient qualifiés grâce à une formation et à un soutien. En jouant le rôle d’intermédiaire, ces agences de placement s’attaquent à l’inefficacité de la transmission d’informations entre les employeurs et les chercheurs d’emploi.

Programmes de jumelage d’emplois plus efficaces      

Une recherche financée par le CRDI et dirigée par l’Université de Yaoundé II a porté sur les programmes des agences nationales pour l’emploi au Cameroun, au Tchad, en Côte d’Ivoire, en République du Congo et au Sénégal.

Très peu de ces organismes étaient en mesure d’évaluer leur efficacité en suivant les demandeurs d’emploi depuis le moment de leur demande jusqu’à leur entrée sur le marché du travail. Dans l’ensemble, la recherche a révélé que leurs programmes devaient être améliorés dans les domaines de l’accès, de l’équité et de l’efficience. L’examen des demandes a révélé que les bénéficiaires des programmes sont surtout de jeunes hommes dans les grandes villes et que beaucoup moins de femmes et de travailleurs ruraux ont eu recours aux services. Les chercheurs ont également relevé une sensibilisation limitée des jeunes aux services offerts par les organismes.

Il manquait aussi à ces organismes des outils importants pour améliorer leur efficacité, comme des indicateurs de rendement, des ratios d’efficience et des possibilités d’apprentissage du personnel.

Recrutement pour la formation professionnelle des jeunes

En Égypte, des chercheurs de Education for Employment Egypt, en partenariat avec le Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab et l’Université américaine du Caire, se sont penchés sur l’amélioration de la formation professionnelle des jeunes. La recherche a établi que les campagnes de rue et les appels téléphoniques ont été des outils inefficaces pour recruter des jeunes pour la formation et les mettre en contact avec des possibilités d’emploi présélectionnées. Par contre, les campagnes en ligne sur Facebook ont aidé les chercheurs à communiquer avec un plus grand nombre de jeunes et à améliorer la participation.

La participation aux possibilités de formation restait encore plus faible que prévu, et l’équipe de recherche a attribué cette situation à la stigmatisation associée à certains types d’emplois et de soutien. Par exemple, les jeunes très instruits issus de familles plus riches hésitaient à recourir aux services de formation professionnelle ou de jumelage d’emploi parce que les membres de leur groupe social auraient pu considérer ces programmes comme des mesures destinées aux jeunes moins riches et moins éduqués. D’autres rejetaient l’idée de recevoir la charité. La publicité conçue pour contourner ces stigmates a augmenté les taux de demande chez les jeunes de familles à revenu moyen et élevé, mais elle a eu moins d’effet sur les segments plus pauvres.

Le taux de participation moins élevé que prévu aux programmes de formation et la stigmatisation associée à certains d’entre eux soulignent l’importance du fait qu’au-delà de fournir des possibilités et de l’information, il faut mieux comprendre les aspirations, les ambitions et les préférences des jeunes et cerner d’autres facteurs qui pourraient entraîner une faible participation.

Comprendre les besoins des demandeurs d’emploi

L’Université américaine du Caire a étudié des mesures visant à rendre les salons de l’emploi en Égypte plus efficaces en utilisant des mécanismes de mise en relation entre les jeunes demandeurs d’emploi et les employeurs potentiels. Les premières données indiquent que le manque d’information et de moyens de transport nuit à la participation aux salons de l’emploi.

Au Liban, l’Université américaine de Sharjah a mesuré l’impact des centres de services d’emploi offrant des services d’encadrement et de jumelage d’emplois aux réfugiés palestiniens. Une analyse qualitative initiale a révélé que la plupart des jeunes inscrits au programme des services d’emploi avaient un travail d’une forme ou d’une autre. Ils étaient plus préoccupés par la qualité des emplois que par le manque d’emplois et ont noté un décalage entre leur travail actuel et leurs études et leur formation. Les hommes étaient plus susceptibles de changer d’emploi, tandis que les femmes ont indiqué que des facteurs sociaux et culturels limitaient leur capacité de postuler à certains emplois. La recherche souligne la nécessité d’un plus grand échange d’informations entre les centres de services d’emploi et les Palestiniens pour améliorer les placements et aligner les services des centres sur les besoins des demandeurs d’emploi.

Des solutions pour répondre aux aspirations des jeunes

Des recommandations utiles pour réduire les frictions dans l’accès à l’information et améliorer le processus d’appariement entre les jeunes et les employeurs émergent de cette recherche. Il est possible, par exemple, d’améliorer l’efficacité organisationnelle, de cibler les groupes marginalisés, de lutter contre la stigmatisation associée aux services d’emploi et de mieux aligner ces services sur les besoins de la collectivité.

Toutefois, les efforts des intermédiaires du marché du travail n’ont pas entraîné une utilisation des services par les jeunes dans la mesure prévue. Ces résultats montrent qu’au-delà de fournir des débouchés et de l’information, il faut mieux comprendre les aspirations, les ambitions et les préférences des jeunes, ainsi que les perceptions des possibilités et des programmes parmi les différents groupes. Des recherches et des essais supplémentaires sont nécessaires pour savoir comment promouvoir les possibilités et améliorer l’appariement afin d’atteindre différents groupes démographiques.

En savoir plus sur notre programme Emploi et croissance et Stimuler les emplois décents pour les jeunes en Afrique.