Pêche à des fins alimentaires en Amazonie

17 janvier 2019
Javier Sandovar, président de l’association des pêcheurs ASPYC, vend du poisson à un client à Riberalta, en Bolivie.
CRDI / BARTAY

Plus de 50 % des ménages de la zone inondable du nord de l’Amazonie bolivienne souffrent d’insécurité alimentaire, ayant bien peu de moyens durables d’assurer leur subsistance. Les poissons soient abondants dans la région et ils constituent une source précieuse de protéines et de micronutriments, mais leur consommation est parmi la plus faible au monde.

La première phase (2011-2014) du projet Peces para la vida (Pêche à des fins alimentaires en Amazonie) a mis au jour plusieurs solutions prometteuses pour développer cette ressource sous-utilisée au moyen de la gestion des pêches et de l’aquaculture. Entre 2015 et 2018, le projet a appliqué à grande échelle les solutions les plus prometteuses pour éliminer les principaux goulots d’étranglement qui entravent les chaînes de valeur du poisson. La productivité, les revenus et la sécurité alimentaire ont augmenté, de même que les capacités et les réseaux techniques, organisationnels et sociaux.

Développement d’entreprises durables

De petites entreprises, en particulier celles détenues par des femmes et des familles autochtones, ont tiré profit d’un partenariat multisectoriel qui leur a fourni de l’assistance technique (aux fins notamment d’une meilleure gestion des ressources et de meilleures pratiques d’hygiène et de manutention), des services financiers et des cadres juridiques ayant aidé les piscicultures à devenir plus équitables et durables.

Lilian Suarez Fernandez découvre les possibilités de crédit pour ses pêches.
CRDI / BARTAY

Des échanges de formation par des pairs et des écoles de terrain ont amélioré l’expertise technique de 972 producteurs (dont 44,3 % sont des femmes). Un total de sept ateliers de formation ont été donnés dans cinq municipalités à 146 vendeurs de poissons, producteurs et employés municipaux. Parmi les participants, 126 ont déclaré avoir amélioré leurs pratiques d’hygiène et de manutention du poisson. De plus, 77 agents de vulgarisation provenant de 14 municipalités ont été formés, dont 45 % étaient des femmes et des filles.

Les pêcheurs ont accès à de nouveaux marchés, et le nombre de familles engagées dans la production piscicole est passé de 937 en 2015 à 1 757 en 2018. « Notre plus grande satisfaction est d’avoir atteint une stabilité économique par l’élevage et la vente de poissons. Grâce à ce revenu, nul doute que notre qualité de vie s’est améliorée [...], affirme Ana Aguilera, piscicultrice et restauratrice.

Amélioration de l’accès au financement et à la planification d’entreprise

Le projet Peces para la vida a travaillé avec une banque de développement bolivienne pour élaborer de nouveaux produits financiers (p. ex. garanties de prêt, crédits-bails, contrats de crédit, assurance) destinés particulièrement aux groupes autochtones et aux femmes. Entre 2015 et 2017, des prêts totalisant près de 2 millions d’USD ont été accordés, principalement à des groupes vulnérables et à des entreprises familiales.

De la formation spécialisée a été offerte aux entrepreneurs concernant la planification d’entreprise, la gestion et le marketing, ainsi que l’accès aux produits financiers. « La formation [...] m’a beaucoup aidée, car je ne savais pas remplir un rapport de dépenses », déclare Janneth Uzieda, trésorière de l’Association of Fish Farmers of the Integrated North, à Yapacaní. « Les membres sont maintenant plus motivés à payer leurs cotisations mensuelles, car je peux leur expliquer combien d’argent rentre et comment il est dépensé, sous une forme rappelant un état de compte bancaire. »

Renforcement de la capacité locale et nationale à appuyer les pêcheurs

Des lois favorables ont été adoptées (p. ex., une loi sur les pêches et l’aquaculture durables), et des politiques sectorielles, des systèmes de gouvernance, des plans de gestion des pêches et trois règlements propres aux pêches, y compris les pêches autochtones, ont été élaborés. De nouvelles normes d’hygiène et de manutention du poisson ont été élaborées en collaboration avec l’autorité nationale de la salubrité des aliments.

Un nouveau règlement bolivien, éclairé par la recherche menée dans le cadre du projet, a constitué le premier pas vers la légalisation et la gestion de la pêche du paiche et l’amélioration des débouchés commerciaux. La création de tables rondes multipartites a amélioré les capacités du secteur en matière de leadership, de gestion et de communication, et a permis d’établir un modèle d’investissement municipal dans l’infrastructure piscicole. Quatorze associations de pêcheurs et douze associations piscicoles ont été légalisées, et une nouvelle chaîne de valeur du cuir de poisson a été rendue possible grâce à une entente entre la fédération des pêches et l’industrie du tannage. Le comité interinstitutionnel du nord de l’Amazonie pour le contrôle des pêches et de la commercialisation qui a été créé regroupe la fédération des pêches de plus en plus forte et le gouvernement, ce qui représente un premier pas vers une plateforme de cogestion.

Prochaines étapes

Tant la production piscicole que l’accès au poisson se sont améliorés. Grâce à la décision résultant du projet d’autoriser la pêche du paiche dans le département de Pando (augmentation prévue à 1 000 t par an), ainsi qu’à un plan gouvernemental visant l’achat de 500 kg de poisson par mois aux fins de distribution dans les supermarchés du nord de l’Amazonie, ces chiffres continueront d’augmenter.

L’expansion de la pisciculture se poursuit au rythme de la demande. Des travaux supplémentaires sont requis pour appuyer une nouvelle collaboration entre la fédération des pêches et l’organisme national de réglementation des pêches, afin d’améliorer la gestion et le contrôle des pêches, de renforcer la capacité de gestion d’entreprise et d’assurer un approvisionnement fiable de poisson provenant de petites pêcheries. D’autres investissements gouvernementaux sont requis pour promouvoir, auprès des organismes voués aux pêches, la valeur de règlements sur les pêches qui tiennent compte des sexospécificités et pour poursuivre les travaux sexotransformateurs dans les secteurs des pêches et de l’aquaculture.

Le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale est financé conjointement par le Centre de recherches pour le développement international et Affaires mondiales Canada.

Détails sur le projet et ses résultats.