La stratégie prometteuse du Burkina Faso pour éradiquer le paludisme

24 avril 2019
Une membre de l’équipe de recherche interroge une mère à Boulsa, au Burkina Faso, à propos de la campagne de chimio-prévention du paludisme saisonnier de son district.
Luc Serme
Une membre de l’équipe de recherche interroge une mère à Boulsa, au Burkina Faso, à propos de la campagne de chimio-prévention du paludisme saisonnier de son district.

L’année dernière, lors de la Journée mondiale contre le paludisme, le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, s’est engagé à éradiquer le paludisme dans le pays d’ici 2030. Bien que la maladie reste l’un des problèmes de santé publique les plus graves du pays, des recherches récentes laissent espérer que cet objectif ambitieux pourra être atteint.

Le pivot du Programme national de lutte contre le paludisme est la campagne de chimio-prophylaxie saisonnière (CPS) du pays. Recommandée officiellement par l’Organisation Mondiale de la Santé en 2012, la CPS consiste à administrer une combinaison d’antipaludéens à action prolongée aux enfants de moins de cinq ans à raison de trois jours consécutifs par mois pendant la saison des pluies, qui va de juillet à octobre.

Une évaluation du programme de CPS au Burkina Faso a révélé que le nombre d’infections paludiques chez les enfants de moins de cinq ans avait été réduit de moitié dans un district sanitaire sur une période de quatre ans. En outre, les cas d’anémie – une complication du paludisme – ont été réduits d’un tiers. L’étude de l’efficacité de la CPS a été réalisée par une équipe de chercheurs et de décideurs du Burkina Faso et du Canada et est financée par l’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (ISMEA).

Ingrédients pour une mise en oeuvre réussie

Introduit dans sept districts en 2014, la campagne a été étendue de manière efficace au cours des trois années suivantes pour couvrir la quasi-totalité du pays. Le Burkina Faso est l’un des premiers pays au monde à avoir mis en oeuvre avec succès la CPS à l’échelle nationale dans le cadre de son programme de lutte contre le paludisme.

Comment le pays a-t-il réussi cela malgré un système de santé fragile? C’est ce que l’équipe d’ISMEA a entrepris d’explorer, dans l’une des premières études visant à évaluer à la fois la mise en oeuvre et l’efficacité d’un programme de CPS à grande échelle.

Au début de la campagne en 2015, des chercheurs de la Société d’études et de recherche en santé publique du Burkina Faso et des Centres de recherche du Centre hospitalier universitaire de l’Université Laval et de l’Université de Montréal au Canada ont évalué l’efficacité de la CPS dans le district sanitaire de Kaya. Les données d’enquête et de dépistage du paludisme relatives à 2 523 enfants de moins de cinq ans ont révélé que les épisodes de paludisme chez les enfants traités étaient de 51 % inférieurs à ceux des enfants non traités. Les épisodes de fièvre ont été réduits de 46 % et l’anémie de 32 %. « Ces résultats suggèrent que des opportunités existent pour que le paludisme soit rendu a un niveau nettement inférieur», ont déclaré les chercheurs.

Toutefois, il est difficile d’atteindre tous les enfants. Le programme de CPS exige un haut niveau de planification et de coordination pour mobiliser les responsables régionaux et locaux, assurer un approvisionnement adéquat en médicaments, former et superviser les distributeurs de médicaments communautaires bénévoles, informer et sensibiliser les membres de la communauté sur le programme et veiller à ce que tous les ménages et les enfants soient couverts.

Les agents communautaires distribuent les médicaments gratuits à domicile et les administrent le premier jour de chaque mois, mais les parents doivent les administrer les deux jours suivants chaque mois. Pour obtenir le soutien des parents, il faut déployer des campagnes de sensibilisation efficaces par le biais des agents de santé, des églises et des mosquées, des crieurs et mobilisateurs communautaires, des médias et d’autres moyens.

De l’engagement national à l’engagement local

En 2017-2018, l’équipe de recherche a entrepris de déterminer comment ce nouveau programme complexe avait été rapidement élargi au niveau national. La recherche, réalisée en analysant les données nationales et au moyen d’enquêtes menées dans trois districts sanitaires, a permis de relever trois facteurs clés de succès :

  • Le Programme national de lutte contre le paludisme;
  • L’engagement à l’échelle locale;
  • La sensibilisation et le soutien à l’égard de la CPS.

Le premier facteur de succès, le Programme national de lutte contre le paludisme, a décentralisé la mise en oeuvre de la CPS à tous les niveaux du système de santé. Les directions régionales et les acteurs locaux ont été chargés d’organiser la campagne annuelle, de gérer les fournitures, d’attribuer les tâches et de créer des équipes de distribution.

L’engagement au niveau local a été le deuxième facteur de succès. Les infirmières en chef des établissements de santé ont coordonné la formation et le déploiement d’équipes de distributeurs de médicaments bénévoles. Des enquêtes menées auprès de 456 distributeurs communautaires dans 24 centres de santé en 2017 ont confirmé l’efficacité de la formation. L’engagement des distributeurs de veiller à ce que tous les enfants soient traités allait jusqu’à téléphoner aux familles, à leurs propres frais, pour leur rappeler leur venue.

Le troisième facteur clé du succès a été la sensibilisation et le soutien à l’égard de la CPS. L’équipe a constaté que 93 % des mères dans les trois districts sanitaires en 2017 étaient au courant de la campagne à venir – preuve de l’efficacité de la planification et de l’organisation. Grâce à son intégration harmonieuse dans l’ensemble du système de santé, ce type de programme peut répondre aux attentes de la population et, ajoutent les chercheurs, en définitive devenir durable.

Une démarche concertée en matière de mise en oeuvre

Cette évaluation novatrice, qui devrait être achevée plus tard en 2019, revêt une importance cruciale pour les politiques et les programmes, car elle a permis de relever les facteurs de réussite de la mise en oeuvre et de l’expansion de la CPS au Burkina Faso, qui pourraient être utiles ailleurs.

Elle montre également ce qui peut être accompli lorsqu’une autorité sanitaire nationale planifie et organise efficacement un programme vaste et complexe de manière à rapprocher les différents niveaux du système de santé et la communauté, à mobiliser un corps de distributeurs bénévoles et finalement à répondre aux attentes de la communauté. « Le mérite d’atteindre une couverture aussi élevée et de mettre en oeuvre efficacement le programme dans un délai aussi court revient vraiment au Programme national de lutte contre le paludisme », déclare l’équipe de recherche.

Cette étude de recherche servira de base aux efforts en cours au Burkina Faso et dans les pays voisins qui étudient l’utilisation de la CPS pour réduire le nombre d’infections paludiques chez les enfants de moins de cinq ans.

L’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique est un partenariat de 36 millions de dollars sur sept ans, financé par Affaires mondiales Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada et le CRDI.

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