Innover pour soutenir les femmes du secteur agroalimentaire pendant la pandémie de COVID-19

21 août 2020
Mains tenant des pièces
FSD Kenya

Les femmes qui participent aux principales chaînes de valeur agricoles en Afrique subsaharienne sont touchées de manière disproportionnée par les perturbations économiques dues à la COVID-19. Pour aider à combler cet écart entre les sexes, les équipes du Fonds Cultiver l’avenir de l’Afrique (CultiAf) qui travaillent dans le domaine de l’alimentation animale et de la production de poissons et de mangues, innovent en offrant aux femmes de la formation et en leur fournissant les technologies de transformation et les ressources financières dont elles ont besoin pour conserver leurs entreprises.

Transformer pour maintenir les revenus

Le projet de lutte intégrée contre les téphrites de CultiAf collabore avec des agriculteurs et des agents de vulgarisation au Malawi, au Mozambique, en Zambie et au Zimbabwe depuis avril 2019 pour offrir une formation sur la production de mangues et des stratégies efficaces de lutte contre les téphrites. La production de mangues peut apporter une contribution importante aux revenus des petits exploitants, en particulier pour les femmes et les jeunes qui sont touchés de manière disproportionnée par le chômage et la pauvreté. Le projet a donc concentré ses activités de renforcement des capacités sur ces groupes. Par exemple, six agriculteurs sur dix qui sont formés sont des femmes, tout comme 50 % des agents de vulgarisation.

« La COVID-19 a toutefois touché tous les aspects de la vie », explique Samira Mohamed, chercheuse principale du projet. Les agriculteurs ne peuvent plus avoir accès aux marchés de produits frais, ce qui entraîne des pertes importantes de revenus et des pertes après récolte. « Nous ne pouvions pas rester les bras croisés et regarder les choses évoluer », poursuit Mohamed. Pour relever ces défis, le projet a remanié ses activités de renforcement des capacités, en mettant l’accent sur l’utilisation de séchoirs solaires pour transformer les fruits et légumes. Le projet vise à former plus de 1 000 femmes pour qu’elles puissent utiliser cette technologie, car elles participeront davantage aux activités de transformation. Les petits exploitants seront également mis en relation avec d’autres intervenants de la transformation, du conditionnement et de la commercialisation afin de bénéficier de nouvelles occasions d’affaires.

Les séchoirs communautaires sont également utilisés dans le cadre du projet Insectes pour l’alimentation humaine et animale de CultiAf afin d’aider à résoudre les problèmes liés à la COVID-19-au Kenya et en Ouganda. Les activités du projet comprennent la formation des agriculteurs à la production et à la transformation de masse (par séchage) de larves de mouches soldat noires, adoptées comme source de protéines abordable et durable dans l’alimentation des poissons, des porcs et des volailles. Cependant, en raison des restrictions de déplacement au Kenya, de nombreuses productrices n’ont pas pu avoir accès au séchoir communautaire situé à l’extérieur de Nairobi, qui est essentiel à la conservation et au stockage des mouches soldat noires avant de les distribuer aux meuneries locales. Dans le cadre du projet, on a donc installé un séchoir supplémentaire dans la capitale pour s’attaquer au problème.

« Notre étude nous a permis de constater que les femmes – en particulier les épouses des ménages dirigés par des hommes – sont nettement désavantagées. Cela a orienté notre choix des participants aux activités de renforcement des capacités du projet », explique Chrysantus Tanga, responsable du projet. Ainsi, les agricultrices reçoivent également une formation sur la production d’excréments de mouches soldat noires ou d’engrais à base de sciure et d’excréments au moyen des résidus des mouches soldat noires, générés lors du processus d’élevage des larves. L’engrais à base de mouches soldat noires est vendu aux maraîchers locaux afin de fournir aux femmes un revenu supplémentaire en période de confinement. 

Financement inclusif

Au Malawi, la transformation était déjà difficile pour les femmes participant à la chaîne de valeur du poisson, où les technologies efficaces telles que les serres de séchage au soleil et les fumoirs améliorés dépassent leurs moyens. Dans le but de rendre ces technologies plus accessibles, de donner aux femmes les moyens de produire des produits de meilleure qualité et d’avoir accès à des marchés plus rentables, l’équipe CultiAf Fish Malawi a mis au point une solution financière avec la FDH Bank Limited. Ce mécanisme de financement est caractérisé par un taux d’intérêt plus faible consenti aux femmes et par le fait qu’il travaille avec des transformateurs, qui sont regroupés afin de fournir une garantie sociale.

L’initiative financière était prête à être déployée avant la pandémie de COVID-19, mais les restrictions liées à la pandémie ont interrompu les activités du projet, notamment la sensibilisation au produit de financement. Pour poursuivre la transmission du message aux femmes transformatrices (et à tous les acteurs de la chaîne de valeur du poisson), le projet rassemble de petits groupes en leur fournissant de l’équipement de protection individuelle. « Le projet encourage les femmes à demander des prêts et, à ce jour, nous avons 65 demandeurs, dont 25 sont des femmes. Il s’agit d’une évolution vraiment positive, les femmes étant généralement laissées de côté », souligne avec enthousiasme Levison Chiwaula, chercheur principal du projet.

Le fonds Cultiver l’avenir de l’Afrique (CultivAf) est un partenariat de 35 millions de dollars canadiens sur dix ans entre le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et l’Australian Centre for International Agricultural Research (ACIAR). Le partenariat optimise les forces et les ressources de chaque organisation pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la résilience et l’égalité des genres en Afrique orientale et australe. CultivAf finance la recherche appliquée visant à élaborer et à appliquer à grande échelle des innovations durables, résilientes par rapport aux changements climatiques et adaptées aux sexospécificités pour les petits exploitants agricoles.

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