Améliorer les perspectives d’emploi des femmes : des données probantes menant à des changements positifs

18 avril 2019
 Une femme vend des tubercules dans un camp pour personnes déplacées en République démocratique du Congo.
UN Women / Carlos Ngeleka

Ces dernières années, les femmes du monde entier ont fait des percées dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la politique, mais ces progrès ne se sont pas traduits par de meilleures perspectives d’emploi. En fait, le Rapport mondial sur l’écart entre les genres de 2017 publié par le Forum économique mondial indique que les femmes accusent un retard encore plus marqué dans la participation au marché du travail, la capacité de gain et les emplois dans les professions libérales et les emplois techniques.

L’absence de progrès dans ce domaine dément l’importance accordée à l’amélioration des perspectives d’emploi des femmes dans de nombreux programmes politiques. Parmi les 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies adoptés en 2015, l’ODD no 5 promeut l’égalité des sexes et vise à autonomiser toutes les femmes et les filles, et l’ODD no 8 est axé sur une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous. Pour atteindre ces objectifs, nous devons mieux comprendre ce qui entrave la capacité des femmes à prendre des décisions qui pourraient améliorer leur situation économique.

Dans le cadre d’une série d’études entreprises par le programme Croissance de l’économie et débouchés économiques des femmes (CEDEF) – un partenariat entre le Department for International Development du Royaume-Uni, la William and Flora Hewlett Foundation et le CRDI –, des chercheurs ont examiné les raisons pour lesquelles et comment les marchés du travail ne répondent pas aux besoins des femmes et ce qui peut être fait pour améliorer leur capacité à trouver un emploi stable et de qualité.

Points saillants

  • Les femmes continuent d’avoir un accès inégal au travail rémunéré.
  • Des politiques sont requises pour surmonter les obstacles, comme les soins non rémunérés.
  • Les normes sociales et sexospécifiques néfastes renforcent les inégalités de revenus.
  • Des modifications aux politiques commerciales, aux lois et aux programmes sociaux permettraient d’améliorer le travail rémunéré des femmes.

 

 

La ségrégation sur le marché du travail favorise l’inégalité entre les sexes

Les équipes du programme CEDEF ont mené 14 projets de recherche dans 50 pays, en particulier en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Elles ont étudié comment les marchés du travail, les inégalités entre les sexes et l’autonomisation économique des femmes interagissent afin de comprendre les obstacles auxquels se heurtent les femmes et de trouver des solutions potentielles. Ces équipes ont constaté que la ségrégation professionnelle, où les femmes et les hommes dominent différents secteurs et postes, constitue une source importante d’inégalité qui a empêché les femmes de se prévaloir des meilleurs emplois.

Une étude portant sur 69 pays en développement sur une période de deux décennies (1980-2011) a révélé que le nombre de pays où se pratiquait la ségrégation professionnelle avait effectivement augmenté. Le Ghana et le Kenya étaient les seuls pays de l’étude où les femmes trouvaient des débouchés plus diversifiés, mais même là, les gains étaient modestes par rapport aux améliorations des niveaux de scolarisation des filles. Le constat : le manque de scolarisation n’est pas l’unique raison qui empêche les femmes d’avoir de bons emplois.

L’un des problèmes est que les femmes sont surreprésentées dans le secteur informel du travail, où les revenus sont précaires. Même lorsque les femmes travaillent dans des secteurs à prédominance masculine, elles ont tendance à être reléguées à des emplois moins bien rémunérés. Des normes sociales et sexospécifiques profondément enracinées comptent parmi les facteurs qui favorisent cette ségrégation.

Quels sont les éléments susceptibles d’améliorer le travail des femmes dans le secteur minier ? »

« Fournir aux femmes des outils et des ressources financières et renforcer leurs capacités techniques

- une femme minière en République démocratique du Congo.

Les soins non rémunérés limitent les choix de carrière des femmes

Les soins non rémunérés et les corvées ménagères nuisent à la capacité des femmes de gagner un revenu. Les emplois que les femmes peuvent raisonnablement occuper dans ce contexte sont peu rémunérés et épuisants.

Le mariage (ou la cohabitation) ainsi que la maternité ont également tendance à limiter les choix des femmes. Plusieurs études du CEDEF ont montré que les femmes dans divers milieux de travail, des ateliers de confection au Bangladesh à l’exploitation minière artisanale en Afrique de l’Est, éprouvent des difficultés à continuer à travailler après le mariage. Toutefois, les données recueillies au Kenya donnent à penser que si les femmes ont accès à des services de garde d’enfants abordables et de qualité, elles sont mieux placées pour trouver un emploi rémunéré. Une étude révèle que les mères ayant accès gratuit à des services de garde d’enfants étaient 17 % plus susceptibles d’occuper un emploi rémunéré que celles qui en sont privées.

M’empêcher d’exploiter une mine, c’est comme me dire que mes enfants n’iront pas à l’école

- une acheteuse de sable aurifère en Ouganda.

Les normes sociales et sexospécifiques néfastes renforcent les inégalités de revenus

Des normes sociales sexospécifiques se retrouvent parfois dans des règles formelles, compliquant l’accès des femmes à des emplois stables. Par exemple, certains pays ont des lois qui empêchent les femmes de vendre ou de gérer des terres sans l’autorisation de leur mari. De telles lois ont pour effet de contrecarrer les politiques créées pour aider les femmes.

Heureusement, il semble que certaines normes sociales néfastes puissent être modifiées avec le temps. C’est le cas par exemple au Bangladesh, où de petites incitations financières pour que les filles restent célibataires et fréquentent l’école jusqu’à 18 ans ont aidé les filles à retarder leur mariage et à achever leurs études.

La violence sexospécifique entrave la mobilité et la capacité d’agir des femmes

La violence conjugale (ou la peur de la violence) complique parfois la prise de décisions indépendantes concernant le travail pour les femmes. En dehors du foyer, la violence (ou la menace de violence) limite également leur mobilité et peut inciter les femmes à privilégier le travail ou les études près de chez elles, même lorsqu’il existe de meilleures possibilités ailleurs.

Par exemple, la peur de la violence dans les transports en commun empêche les femmes d’améliorer leurs perspectives. Une étude souligne que des femmes rurales de la province du Punjab, au Pakistan, hésitaient à quitter leur village pour suivre une formation professionnelle en raison de la perception du danger.

Les femmes peuvent aussi craindre la réaction de leur partenaire si elles acceptent un travail bien rémunéré. Le pouvoir de négociation accru conféré par le revenu fait en sorte que, dans certaines situations, les femmes sont moins susceptibles d’être confrontées à la violence familiale. Mentionnons toutefois que dans les sociétés plus patriarcales, où les hommes peuvent avoir l’impression que leur masculinité est menacée par le revenu d’une femme, il est possible que le risque soit accru.

Recommandations politiques pour l’autonomisation des femmes au travail

Ces conclusions indiquent que diverses réformes politiques pourraient soutenir les progrès des femmes sur le marché du travail :

  • Les politiques économiques et commerciales devraient intégrer une analyse comparative entre les sexes et exiger, par exemple, que les parties s’engagent à éliminer la discrimination et à promouvoir l’égalité sur le lieu de travail;
  • Les programmes de formation peuvent répondre aux contraintes et aux besoins des femmes en leur offrant des emplacements, des moyens de transport et des services de garde conviviaux;
  • Les cadres juridiques et les lois locales qui limitent les choix professionnels des femmes devraient être réformés pour éliminer les préjugés sexospécifiques;
  • Les mesures incitatives, les programmes d’autonomisation et la collaboration avec les organisations de la société civile en qualité d’alliées peuvent aider à déraciner les normes sexospécifiques rigides;
  • Des politiques sociales sexospécifiques plus équitables, telles que l’accès à des services de garde d’enfants de qualité, peuvent réduire le « fardeau des soins » qui limite les choix des femmes.

En savoir plus

Consultez l’exposé complet (PDF, 315Ko) consacré aux défis des femmes sur le marché du travail.

Consultez le document de synthèse Stalled progress : Recent research on why labour markets are failing women(en anglais seulement). (PDF, 8.6Mo)