Améliorer la santé au travail avec CAREX en Amérique latine et dans les Caraïbes

25 avril 2019
Un homme qui travaille dans une mine.
David Spitz, Organisation panaméricaine de la santé / Organisation mondiale de la Santé

Disponible en español

Des chercheurs canadiens collaborent avec leurs homologues d’Amérique latine et des Caraïbes (région ALC) pour estimer l’exposition des travailleurs aux agents cancérogènes. Depuis 2014, leurs travaux ont considérablement enrichi les recherches antérieures dans la région en présentant aux chercheurs de la région ALC une méthode fiable de collecte de données nationales sur l’exposition aux agents cancérogènes au travail. Grâce à une petite subvention du CRDI, les gouvernements, les syndicats et les employeurs de toute l’Amérique latine et des Caraïbes sont prêts à tirer profit des données produites dans leur propre pays et partagées par le biais d’un réseau régional.

Établir CAREX en Amérique latine et dans les Caraïbes

Les chercheurs canadiens Paul Demers et Cheryl Peters du Occupational Cancer Research Centre (OCRC) à Toronto et de CAREX Canada à Burnaby, en Colombie-Britannique, ainsi que Manisha Pahwa de l’OCRC, ont travaillé avec des collègues de la région ALC pour adapter et appliquer la méthode CARcinogen EXposure (CAREX) dans des contextes canadiens et locaux.

Développée en Finlande, CAREX est une méthode fiable et adaptable qui permet de générer des estimations de l’exposition des travailleurs aux agents cancérogènes sur le lieu de travail. La première application de CAREX en dehors de l’Europe a eu lieu au Costa Rica, ce qui a jeté des bases importantes pour les recherches ultérieures en Amérique latine et dans les Caraïbes. Le projet CAREX du Canada a été lancé peu après. Le Canada est maintenant doté d’un réseau national de chercheurs travaillant au sein de CAREX Canada ou associés au projet.

Une petite subvention du CRDI a permis à l’OCRC et à l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) d’introduire et de renforcer la capacité de CAREX en Amérique latine et dans les Caraïbes. « La subvention [du CRDI] est perçue comme un financement de démarrage qui a vraiment suscité d’autres intérêts », a déclaré Mme Pahwa. L’une de ces retombées s’est produite à la fin de 2016 lorsque l’OPS a lancé un projet dans les Caraïbes visant à introduire la méthode dans plusieurs pays insulaires. 

Un homme qui travaille dans une mine.

David Spitz, Organisation panaméricaine de la santé / Organisation mondiale de la Santé

Innover dans la région ALC 

La petite subvention du CRDI à l’OCRC et à l’OPS a permis d’organiser un symposium de deux jours en 2014 à Bogota, en Colombie, pour familiariser les chercheurs de 13 pays d’Amérique latine avec CAREX. À l’issue du symposium, on a rédigé le premier guide complet de CAREX en espagnol à l’intention des pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

Le symposium de Bogota a jeté les bases d’une collaboration à l’échelle de la région ALC qui s’est étendue au-delà des objectifs initiaux de la petite subvention pour organiser un atelier et créer un guide technique. Le symposium a marqué le début d’un réseau entre les chercheurs de la région ALC et de CAREX, d’une coopération technique avec l’OCRC et CAREX Canada et de ressources telles que des fiches d’information décrivant les agents responsables du cancer du poumon dans les secteurs de la construction et des mines au Canada. « Si nous n’avions pas eu ce premier atelier, rien d’autre ne serait arrivé », a déclaré Julietta Rodriguez-Guzmán, conseillère régionale en santé des travailleurs et des consommateurs à l’OPS.

Un guide technique reflétant les réalités de la région ALC

Dans les mois qui ont suivi l’atelier, des partenaires de l’Universidad El Bosque de Bogota, de l’Instituto Tecnológico du Costa Rica et de l’IRET/Universidad Nacional de Costa Rica ont aidé les partenaires financés par le CRDI à créer un guide de 41 pages intitulé Developing National CAREX Projects in Latin America and the Caribbean. Disponible en espagnol et en anglais, ce guide offre des conseils et des feuilles de travail étape par étape pour mettre en place des projets nationaux CAREX qui permettent d’estimer le nombre de travailleurs exposés à des agents cancérogènes dans un pays donné.

Estimer l’exposition aux agents cancérogènes chez les travailleurs informels

Chaque jour, des millions de personnes dans toute la région de l’Amérique latine et des Caraïbes sont exposées à toute une gamme de risques. Dans des industries comme la construction et l’exploitation minière, les travailleurs peuvent être exposés à des agents cancérogènes comme la silice cristalline, l’amiante et le rayonnement ultraviolet du soleil.

Les fumées de diesel représentent un autre agent cancérogène bien connu. Bien que les vendeurs de rue (souvent des femmes et des jeunes) puissent inhaler ces émanations toute la journée, le travail informel est souvent négligé dans les statistiques nationales sur l’emploi. Il y a peu, voire aucune information sur l’exposition aux agents cancérogènes chez les travailleurs informels dans de nombreux pays.

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David Spitz, Organisation panaméricaine de la santé / Organisation mondiale de la Santé

Or, les données de l’Organisation internationale du Travail depuis 2016 démontrent que 55 % des citoyens d’Amérique centrale sont employés dans l’économie informelle et que 45 % des travailleurs appartiennent à cette catégorie dans l’ensemble de la région ALC. Les auteurs du guide CAREX pour l’Amérique latine et les Caraïbes reconnaissent que le travail informel reste omniprésent et de façon disproportionnée chez les femmes, les populations autochtones et migrantes, et qu’il est inhérent au travail des enfants et au travail forcé.

Les chercheurs de la région ALC soulignent que les travailleurs du secteur informel constituent un groupe important et diversifié dont les expositions aux agents cancérogènes au travail doivent être incluses dans les travaux du CAREX. Les chercheurs canadiens ont appris qu’un « lieu de travail » a un sens plus large que celui qu’on lui donne habituellement au Canada. Le transfert de connaissances du projet se fait dans les deux sens – du Sud vers le Nord et vice versa.

Un comité directeur de CAREX dans la région ALC, dirigé par l’OPS, appuie les partenariats de recherche en cours dans la région. Il élargira les effets du projet original en continuant à partager les connaissances et les ressources et en stimulant l’innovation dans les méthodes CAREX dans la région ALC.

Avantages pour le Canada

Grâce à son partenariat avec l’OPS dans le cadre du projet CAREX, l’Organisation mondiale de la Santé a désigné l’OCRC comme centre de collaboration dans le cancer professionnel et environnemental. Il s’agit d’un partenariat d’une durée de quatre ans qui s’ajoute aux réalisations du projet CAREX financé par le CRDI.

Des chercheurs canadiens cherchent maintenant des moyens d’estimer l’exposition aux pesticides cancérogènes chez les travailleurs au Canada. De plus, les estimations de l’exposition professionnelle aux agents cancérogènes de CAREX Canada ont été utilisées dans l’Étude sur le fardeau du cancer professionnel au Canada, un projet de quatre ans dirigé par l’OCRC. On espère que ces résultats, ainsi que les estimations de l’exposition générées par les projets CAREX de la région ALC, contribueront à améliorer les estimations du fardeau mondial de la maladie.