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Les défenseurs des données probantes jouent un rôle central dans la réduction de l’écart entre la recherche et les politiques

23 mai 2019

Nafissatou Diop

Senior Program Specialist, IMCHA/Maternal and Child Health, IDRC

Ahmed Tareq Rashid

Policy Analyst, Employment and Social Development Canada

Cet article a été rédigé en collaboration avec Ermel Johnson, agent professionnel, Organisation ouest-africaine de la santé; Lynette Kamau, agente principale des politiques et des communications, African Population and Health Research Center; et Issiaka Sombié, agent professionnel principal de recherche et d’information sur la santé, Organisation ouest-africaine de la santé.

À eux seuls, les résultats de recherche suffisent rarement à déclencher des actions politiques ou programmatiques visant à améliorer la santé et le bien-être des gens. Les chercheurs et les bailleurs de fonds ont tenté de trouver la meilleure façon de promouvoir les résultats probants auprès des décideurs et d’encourager ceux-ci à utiliser les données probantes issues de la recherche.

L’équipe de l’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (ISMEA) a élaboré un modèle unique pour y parvenir. Ce modèle fournit du financement à des organismes de politiques et recherche en matière de santé (OPRS) pour compléter les efforts de sensibilisation des équipes de recherche sur la mise en oeuvre. Tandis que les résultats commencent à émerger, nous, en tant qu’employés de l’ISMEA et des OPRS, commençons à voir ces organismes s’épanouir et produire des résultats tangibles.

Champions des liens entre la recherche et les politiques

Les équipes de recherche de l’ISMEA travaillent sur un total de 28 projets de recherche sur la mise en oeuvre dans 11 pays afin d’améliorer la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants en Afrique. Les OPRS aident les 19 équipes de recherche sur la mise en oeuvre à élargir la portée de leurs résultats au-delà du public qu’elles arrivent habituellement à rejoindre. Ils contribuent à ouvrir la voie à l’incidence à grande échelle de la recherche en incitant des décideurs plus diversifiés et de plus hauts rangs dans les ministères et les parlements nationaux de 38 pays à utiliser les données issues de la recherche lorsqu’ils élaborent des politiques et des pratiques.

L’African Population and Health Research Center dirige l’OPRS de l’Afrique de l’Est, un consortium qui inclut également l’East, Central, and Southern African Health Community et le Partners in Population and Development Africa Regional Office. L’OPRS de l’Afrique de l’Ouest est l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), le groupe spécialisé de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) responsable des enjeux de santé dans la sous-région.

Les OPRS aident les décideurs à comprendre les différents enjeux et les encouragent à collaborer davantage avec les chercheurs. Ils y parviennent en favorisant l’appropriation de la recherche par les responsables nationaux des programmes et des politiques, en facilitant l’apprentissage mutuel dans l’ensemble de l’initiative ISMEA et en renforçant les capacités individuelles et institutionnelles dans la mise en oeuvre et l’utilisation de la recherche.

Adhésion optimale en Afrique de l’Ouest

Les OPRS ont déjà démontré leur efficacité. Par exemple, les ministères de la Santé des 15 états membres de la CEDEAO ont adopté une résolution les obligeant à utiliser les données probantes issues de la recherche de l’ISMEA pour éclairer leurs prises de décisions. La résolution a suivi une présentation de l’OOAS en juin 2017 à l’Assemblée annuelle des ministres de la Santé sur l’utilisation des données probantes dans l’élaboration des politiques, des plans, des normes et des protocoles touchant les soins de santé.

Depuis, le Burkina Faso a créé une unité de gestion et de transfert des connaissances au sein de son ministère de la Santé. L’OOAS collabore avec cette nouvelle unité pour créer une capacité d’application des connaissances dans le but de consolider la collaboration entre les décideurs et les chercheurs, de synthétiser et de communiquer les données probantes et d’aider les décideurs à utiliser celles-ci pour améliorer la mise en oeuvre et la qualité des programmes de santé maternelle et infantile.

Guider la dissémination des politiques en Afrique de l’Est

En juin 2018, l’OPRS de l’Afrique de l’Est a organisé un échange entre des décideurs du secteur de la santé de la Tanzanie (des ministères s’occupant de la santé, du développement communautaire, de la sexospécificité, des personnes âgées et des enfants) et six équipes de recherche de l’ISMEA, qui ont présenté leur travail et formulé des recommandations se fondant sur les résultats de neuf projets de recherche au pays. L’échange a mené à des améliorations tangibles, y compris un nouvel engagement à éliminer les obstacles inutiles auxquels sont confrontées les femmes au moment des visites prénatales.

Les résultats de recherche de l’ISMEA démontrent qu’une mauvaise interprétation de la politique sur l’accompagnement des épouses du gouvernement a découragé certaines femmes d’effectuer des visites prénatales. La politique recommande que les partenaires des femmes enceintes accompagnent celles-ci à leur première visite de soins prénataux, mais les chercheurs ont découvert que certains travailleurs de la santé dans des régions rurales ont utilisé cette recommandation pour justifier le refus ou le report des services aux femmes qui se présentaient non accompagnées. Par conséquent, les femmes sans partenaire stable choisissaient soit de retarder leur première visite prénatale (ce qui a des répercussions négatives connues sur la santé des femmes enceintes et des bébés à naître), soit de demander à un étranger de faire semblant d’être leur partenaire pour accéder aux services. Lorsqu’on lui a présenté ces faits, le directeur des ressources humaines du ministère de la Santé a décidé de former les travailleurs de la santé et de communiquer plus clairement la politique afin d’éviter que les femmes soient confrontées à des obstacles les empêchant d’accéder aux services de soins prénataux si elles arrivent à la clinique sans partenaire.

Une solution africaine pour l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes

En tant qu’élément nouveau du modèle de l’ISMEA, les OPRS ont fait quelques essais et erreurs avant de trouver leur place et d’être en mesure de collaborer avec les équipes de recherche de l’ISMEA et les autres parties prenantes. L’évaluation à mi-parcours de l’ISMEA effectuée en 2018 a démontré que les OPRS ont déjà fait des contributions notables, alors que leur travail continue à évoluer et poursuit son essor. Au cours de la dernière partie de l’initiative, nous espérons voir plus d’exemples de l’utilisation réussie des données probantes pour favoriser l’élaboration de politiques et de programmes rigoureux. Dans le cadre de l’évaluation finale de l’initiative, on déterminera si le modèle fournit une bonne plateforme pour des solutions dirigées par des Africains aux défis touchant la santé maternelle et infantile et si le modèle contribue à combler des lacunes importantes en matière de connaissance et de mise en oeuvre.

En savoir plus

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