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Idées découlant de la recherche sur les zones cruciales

27 juin 2017

Bruce Currie-Alder

Chef de programme

Plus d’un milliard de personnes vivent dans des deltas, des terres semi-arides et des bassins hydrographiques alimentés par l’eau des glaciers et des manteaux neigeux en Asie et en Afrique. Même s’il existe bon nombre de différences entre ces régions, elles ont quelque chose en commun : on peut les considérer comme des « zones cruciales » au regard des changements climatiques, c’est-à-dire des régions où les effets physiques et socioécologiques importants des changements climatiques convergent avec un grand nombre de communautés et de personnes pauvres et vulnérables. L’Initiative de recherche concertée sur l’adaptation en Afrique et en Asie (IRCAAA) renforce la résilience dans ces zones cruciales en soutenant la recherche concertée sur l’adaptation aux changements climatiques en vue d’éclairer les politiques et les pratiques d’adaptation. Ce modèle de recherche offre l’occasion à des institutions ayant une portée géographique et une expertise variées d’échanger leurs connaissances et leur expérience en lien avec différentes disciplines, différents secteurs et différentes zones géographiques. Le réseau de l’IRCAAA compte environ 450 climatologues de renom qui travaillent, au sein de quatre consortiums, sur des sujets allant des projections climatiques à long terme à l’adaptation des populations aux changements climatiques dans les zones cruciales au regard de ces derniers.

Ainsi, quelles sont les principales constatations émanant de la recherche que l’on peut observer dans les trois régions constituant des zones cruciales au regard des changements climatiques ? Dans les régions semi-arides de l’Afrique et de l’Asie, la recherche confirme que la vulnérabilité au stress lié aux changements climatiques, ainsi que la capacité d’y faire face, sont attribuables à une combinaison de facteurs sociaux, économiques et politiques, combinés à de plus vastes défis en matière de développement. Dans les régions deltaïques, une recherche portant sur les deltas du Gange-Brahmapoutre-Meghna, de la Volta et du Mahanadi et qui concerne les incidences de la migration révèle que, même si seulement un faible pourcentage des ménages considèrent les risques environnementaux comme la principale raison pour migrer, les perceptions d’insécurité concernant les moyens de subsistance, qui sont causées par des facteurs environnementaux, sont directement liées au comportement de migration observé. Par ailleurs, les interventions gouvernementales concernant la migration n’entraînent pas nécessairement des résultats positifs, alors que l’inaction du gouvernement est susceptible d’entraîner une migration ponctuelle et des stratégies d’adaptation in situ en fonction de la capacité d’adaptation des personnes. Dans la région de l’Hindu Kush et de l’Himalaya, la recherche est réalisée dans trois bassins hydrographiques glaciaires – l’Indus, le Gange et le Brahmapoutre. Les premiers résultats de la recherche indiquent que la vulnérabilité aux changements climatiques est alimentée par une combinaison de facteurs biophysiques, socioéconomiques, sexospécifiques et de gouvernance. De plus, la dimension temporelle des changements climatiques, ainsi que les façons de s’y adapter, sont des questions essentielles. L’un des principaux problèmes pour la région de l’Hindu Kush et de l’Himalaya est que, même si l’augmentation de la température moyenne mondiale se stabilise à 1,5 oC d’ici la fin du siècle, notre recherche sur le climat prévoit que l’augmentation de la température dans les altitudes plus élevées de cette région sera beaucoup plus importante que la moyenne mondiale. Cela entraînera une diminution du volume des glaciers et aura de profondes conséquences pour les habitants et l’environnement des montagnes, des collines et des plaines de la région de l’Hindu Kush et de l’Himalaya.

Ainsi, quelles pourraient être les solutions possibles et comment cette recherche éclaire-t-elle l’élaboration des politiques ? L’adaptation est un processus de changement social. Les pratiques et les politiques éclairées qui tiennent compte de la variabilité climatique et qui améliorent les possibilités pour les personnes d’avoir un avenir prometteur font partie de l’adaptation. Par ailleurs, la recherche vise à trouver des moyens novateurs de mettre à l’essai des solutions. La préparation de scénarios de transformation englobant plusieurs acteurs, soit une méthodologie utilisée dans la recherche, a démontré un certain potentiel pour établir des liens entre les acteurs, de l’échelle de la communauté jusqu’à l’échelle des districts et du pays, afin qu’ils puissent diagnostiquer ensemble les facteurs déterminants qui alimentent la vulnérabilité et examiner les solutions possibles. Quant à la démarche d’abord axée sur les politiques, elle est importante pour mobiliser les décideurs au sein du gouvernement et du secteur privé. Plutôt que de commencer par présenter aux intervenants des prévisions complexes concernant les changements climatiques, cette approche signifie que les chercheurs travaillent avec eux afin de déterminer conjointement les décisions qu’ils devront prendre concernant les choix d’investissements et les options de développement, l’incidence que le stress et les chocs climatiques peuvent avoir sur ceux-ci, et les possibilités d’adaptation aux répercussions des changements climatiques. De plus, grâce à leurs travaux novateurs sur les moments critiques, les tournants décisifs en matière d’adaptation et les voies d’adaptation, les chercheurs contribuent à renforcer la résilience aux changements climatiques des habitants et des pays de la région.

La version originale anglaise de cette lettre éditoriale a été publiée dans The Kathmandu Posts le 9 mai 2017.

Bruce Currie-Alder est chef de programme de l'initiative IRCAAA au CRDI.