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Par: Megan Lloyd-Laney

Plus de la moitié des enfants des pays à revenu faible ou intermédiaire ne peuvent pas lire ou comprendre un texte simple à l’âge de dix ans. La Banque mondiale estime que dans les pays à faible revenu, ce taux atteint même neuf enfants sur dix. Mais même dans les contextes les plus difficiles, il existe des écoles « aberrantes », qui obtiennent de meilleurs résultats d’apprentissage, et dont les enfants sont plus heureux et font de grandes choses par la suite. 

Pourquoi certaines écoles ont-elles de meilleurs résultats que d’autres? Dans ce projet financé par le Programme Partage de connaissances et d’innovations du Partenariat mondial pour l’éducation (KIX), l’UNICEF essaiera de répondre à cette question en étudiant ces exemples de « déviance positive ». 

À première vue, la « déviance positive » n’est pas quelque chose qu’on souhaite voir dans le bulletin scolaire de son enfant. Pourtant, il s’agit simplement de quelque chose qui se démarque positivement du reste.  

Comme l’a dit Ted Chaiban, qui est directeur régional de l’UNICEF au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les données ne doivent pas rester silencieuses. Les systèmes d’éducation du monde entier recueillent déjà de grandes quantités de données auprès de leurs écoles, mais celles-ci ne sont souvent utilisées que dans de longs rapports remplis de tableaux touffus. 

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Child behind wooden door
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Certaines écoles sont des « valeurs aberrantes » qui obtiennent de meilleurs résultats d'apprentissage et ont des enfants plus heureux

Dans l’initiative Data Must Speak (DMS; « Les données doivent parler ») mise sur pied par l’UNICEF en 2014, on emploie une méthode astucieuse pour repérer les cas particuliers et les expliquer. Qu’est-ce qui fait que certaines écoles obtiennent de meilleurs résultats que leurs homologues dans le même contexte et avec le même niveau de ressources? Que pouvons-nous apprendre de ces « bonnes pratiques »? L’initiative DMS explore les facteurs invisibles qui ont une incidence sur les résultats scolaires. Il peut s’agir de ce qui se passe dans les écoles, comme le leadership, les pratiques pédagogiques, les comportements institutionnels et les normes sociales, mais aussi à l’extérieur de l’école, comme la participation des parents et de la communauté à l’administration scolaire, et le soutien apporté par les autorités locales. La recherche vise à déterminer si et comment ces facteurs influencent les résultats. 

La recherche est innovante tant du point de vue de la méthode que de l’exécution. La plupart des projets de recherche classiques s’appuient sur la même méthode et promettent des réponses et des solutions aux décideurs des pays où ils sont menés. Mais ce projet place les pays au cœur du processus. « La beauté de la recherche que nous menons réside dans le fait qu’elle peut être véritablement adaptée à la demande et au contexte national, pays par pays, explique Renaud Comba, gestionnaire de l’UNICEF. Ainsi, bien que la méthodologie que nous utilisons soit le même ensemble de processus robustes, les sujets de déviance positive que nous étudions seront très probablement différents dans chaque contexte. Le choix est fait par le ministère et s’aligne sur ses priorités en matière d’éducation. » 

« L’adhésion précoce des partenaires gouvernementaux du pays est vraiment importante, selon Florencio Ceballos, spécialiste de programme principal, KIX. Une participation significative dès le début augmente le potentiel d’innovation et la probabilité que le ministère utilise les résultats, parce que la recherche a été façonnée par ce qu’il veut savoir et conçue pour alimenter directement ses priorités stratégiques. » 

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Young boy sitting on ground
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Les influences invisibles peuvent avoir un effet important sur les performances scolaires.

Les pôles régionaux du KIX joueront un rôle important dans la transmission des différentes expériences des pays qui participent au projet, des processus qu’ils ont suivis pour créer ensemble la méthode de recherche et les résultats, et de la manière dont ils ont guidé les politiques et les pratiques. Les bonnes idées et les approches innovantes se répandent déjà au-delà des frontières. Au Népal, l’indice d’équité élaboré dans le cadre de l’initiative DMS a suscité l’intérêt d’autres pays désireux d’élaborer une stratégie d’allocation de subventions scolaires basée sur l’équité. « Nous n’avons fait qu’effleurer les possibilités de transfert entre les pays du Sud, déclare Renaud Comba. C’est vraiment passionnant. » 

Le projet DMS soutenu par le KIX était initialement conçu pour être déployé dans six pays d’Afrique – Burkina Faso, Éthiopie, Madagascar, Niger, Togo et Zambie – et deux pays d’Asie : la République démocratique populaire lao et le Népal. Encouragée par cette approche, l’initiative a récemment été élargie au Mali grâce au financement de NORAD et le sera prochainement en Tanzanie grâce au financement de la Fondation Aga Khan et de la Fondation Jacobs. En Tanzanie, la recherche est menée auprès d’une cohorte de plus de 60 écoles dans le cadre de l’initiative Schools2030, un programme de recherche-action longitudinale et d’amélioration de l’apprentissage d’une durée de 10 ans, mené à l’échelle mondiale auprès de 1 000 écoles dans 10 pays.  

La recherche de l’initiative DMS reconnaît que les défis éducatifs et les priorités en matière de politiques diffèrent d’un pays à l’autre, et que les pays souhaitent participer à la recherche de la nature du problème et de la manière de le résoudre. Ce n’est pas sorcier, mais c’est inhabituel.   

« La recherche est menée conjointement avec les parties prenantes des pays, notamment les ministères de l’Éducation, afin de s’assurer qu’elle guide leurs priorités en matière d’éducation au niveau national, explique Renaud Comba. Lorsqu’il sera plus avancé, le projet DMS du KIX réunira les pays participants pour qu’ils apprennent les uns des autres sur les meilleures méthodologies de recherche à utiliser ainsi que sur les comportements et pratiques déviants positifs constatés dans d’autres pays. » 

Le gouvernement de la République démocratique populaire lao a adopté avec enthousiasme l’approche de déviance positive. Au cours de la dernière décennie, le pays a fait des progrès constants dans l’élargissement de l’accès à l’éducation. Cependant, plusieurs sources de données, dont celles récentes du programme Southeast Asia Primary Learning Metrics, ont révélé que de nombreux élèves laotiens n’atteignaient pas les normes d’apprentissage attendues en mathématiques et en alphabétisation. Il a voulu savoir pourquoi et ce qu’il pouvait apprendre de ces écoles déviantes positives.   

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Group of young schoolchildren smiling
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Le gouvernement de la RDP lao a adopté avec enthousiasme l'approche de la déviance positive.

Il s’en est suivi une période de discussion intense entre le personnel de recherche de l’initiative DMS et le ministère de l’Éducation et des Sports de la République démocratique populaire lao afin d’explorer la conception, les méthodes et les responsabilités relatives à la recherche. Ensemble, ils ont convenu d’un plan de travail visant à répondre à leurs questions.  

Ce processus intensif s’aligne sur les principes de la recherche visant à renforcer les capacités des gouvernements partenaires, aux niveaux national, régional et local, en matière de gestion des données et de leur utilisation pour les processus de suivi, de planification et de budgétisation, ainsi que d’apprentissage par les pairs.  

Au début des discussions avec le ministère de l’Éducation et des Sports, deux adaptations ont sont ressorties. La première consistait à avoir un échantillon important d’écoles pour pouvoir réaliser une analyse quantitative. Ce point est jugé important pour permettre au ministère de convaincre les autres membres du gouvernement de la nécessité de toute réforme politique et budgétaire en s’appuyant sur de solides données probantes. L’autre adaptation consistait à former les élèves-maîtres pour qu’ils s’occupent des enquêtes au lieu de faire appel à des entrepreneurs privés. Il s’agissait là d’une recherche véritablement conjointe!  

Le projet s’est déroulé sur fond de COVID-19 depuis le début, ce qui a posé des difficultés inédites du point de vue des processus essentiels, mais n’a pas complètement mis fin aux travaux. Au Népal, la pandémie a entraîné un ajustement des priorités gouvernementales, des restrictions de voyage et une diminution des possibilités pour le KIX d’interagir avec les parties prenantes essentielles dans le pays et de nouer des relations. 

Plutôt que de mettre l’ensemble de la recherche « en attente », l’équipe de recherche de l’UNICEF a tenu une série de huit séances de « co-création technique » avec des experts techniques du ministère de l’Éducation, des Sciences et de la Technologie, du centre pour l’éducation et le développement des ressources humaines, du bureau de révision de l’éducation et des universitaires locaux de janvier à mai 2021. En fonction de la demande et sous la direction du ministère de l’Éducation, des Sports et de la Technologie du Népal, des séances supplémentaires de « co-création pratique » ont été organisées pour le personnel de niveau intermédiaire et subalterne du ministère sur la préparation et l’analyse des données. 

Selon, M. Shankar Bahadur Thapa, sous-secrétaire du centre pour l’éducation et le développement des ressources humaines du ministère, « la collaboration avec l’équipe de l’initiative DMS est précieuse, car on ne nous présente pas seulement les résultats de l’analyse, mais nous cherchons aussi à savoir quels éléments de celle-ci peuvent être intégrés dans notre système de données pour renforcer ses caractéristiques analytiques ». 

« Sans le KIX, la recherche n’aurait pas donné ces résultats, assure M. Comba de l’UNICEF. Il s’agit de l’une de ces rares subventions de recherche qui correspondent exactement aux ambitions et à la vision de l’initiative DMS. Cela nous permet de travailler conjointement avec les ministères de l’Éducation pour co-créer la recherche dès le départ – afin qu’elle réponde exactement à leurs priorités stratégiques. » 

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