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La migration, à l'intérieur et à l'extérieur des frontières, est depuis longtemps un moyen de subsistance essentiel et une stratégie de gestion des risques. Des études ont estimé que jusqu'à 150 millions de personnes pourraient se déplacer en raison des pressions environnementales et climatiques d'ici 2050. Au sein de la communauté des chercheurs, le terme « mobilité » est plus largement utilisé pour mieux rendre compte de la diversité des déplacements humains liés aux changements climatiques, qui sont souvent cycliques plutôt que permanents. 

Le CRDI reconnaît depuis longtemps la nécessité d'une recherche de haute qualité, fondée sur des données probantes, pour mieux comprendre les questions de mobilité humaine dans le contexte de la crise climatique. En rassemblant les connaissances acquises au cours de plus d'une décennie d'investissements dédiés à la recherche innovante sur le climat et l'adaptation, nos principales conclusions sont claires :  

  • Il convient de mettre davantage l'accent sur les défis auxquels sont confrontés les migrants internes. Bien que la migration internationale suscite un intérêt politique accru, la plupart des migrants restent dans leur pays d'origine. Les migrants internes sont en grande partie invisibles et sans papiers. Nous devons investir des efforts de recherche pour documenter et comprendre les migrations à courte distance et à l'intérieur des pays.  
  • La migration à long terme est déclenchée en grande partie par les risques environnementaux perçus et les possibilités économiques. Cela met en évidence deux facteurs importants que les gouvernements devraient examiner : Premièrement, les perceptions étant souvent faussées par la désinformation, la mobilité peut amener les gens à s'installer dans des endroits encore plus vulnérables. En matière de migration, la lutte contre la désinformation est essentielle. Deuxièmement, la réduction des inégalités et des injustices qui déclenchent les mouvements migratoires est une intervention d'adaptation importante – même lorsque l'adaptation n'est pas le principal objectif des migrants.  
  • Les schémas de migration sont fortement marqués par le genre. D'autres facteurs sociaux croisés, tels que l'éducation, l'âge, les normes sociales traditionnelles et le statut matrimonial, déterminent qui peut bénéficier de la mobilité, et même qui peut se déplacer tout court.  
  • La mobilité n'est pas une option pour tout le monde et ne profite pas de la même manière à tous les groupes. Ceux qui ne peuvent pas migrer sont souvent les plus vulnérables. Lorsqu'elles migrent, les populations vulnérables restent souvent très vulnérables, car elles ont moins de ressources pour se réinstaller et leurs droits sont facilement ignorés ou violés.  
  • Les futures recherches sur les mobilités devraient prendre en compte les multiples risques et compromis auxquels les migrants sont confrontés et devraient aller au-delà de la mobilité internationale et en milieu urbain et en milieu rural pour mieux refléter la nature translocale des mouvements basés sur les moyens de subsistance.  
  • Plutôt que de se concentrer sur l'exclusion des migrants, les décideurs politiques devraient considérer la mobilité comme une réponse adaptative de longue date et comme une pierre angulaire de la politique de développement. En tant que telle, elle offre l'occasion de réformer les services et possibilités de soins, d'emploi et d'intégration, et de s'attaquer aux inégalités structurelles.  
     
Media
Yolanda Tapia Castillos, 77 ans, vit dans la région de Quebrada Carcamo Norte, au Chili, frappée par la sécheresse.  Elle a perdu une grande partie de ses récoltes et a dû couper tous ses avocatiers.
CRDI/ Ivan Kashinsky
Yolanda Tapia Castillos, 77, lives in the drought stricken area of Quebrada Carcamo Norte, Chile. She has lost many of her crops and has had to cut back all over her avocado trees.

Liens profonds entre les changements climatiques et la migration humaine 

L'importance de la mobilité humaine en tant qu'option d'adaptation aux changements climatiques a été reconnue pour la première fois par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques avec l'adoption du Cadre d'adaptation de Cancún en 2010. Les récents rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) font largement référence aux effets des changements climatiques sur la migration (rapport du GIEC sur l'océan et la cryosphère, rapport du GIEC sur les terres et rapport spécial du GIEC sur le réchauffement climatique de 1,5 degré).  

Bien qu'il ait été sous-estimé dans l'Accord de Paris, il s'agira d'un domaine d'une importance croissante pour les futures négociations sur le climat. La pandémie de COVID-19 a accentué les préoccupations profondes concernant la mobilité des personnes vulnérables vivant dans les points névralgiques des changements climatiques. Il est clair que les populations migrantes de ces régions restent largement négligées dans les politiques de développement économique, dans les efforts d'adaptation aux changements climatiques et dans l'aménagement du territoire.  

Bien que l'on comprenne de plus en plus que les liens entre les changements climatiques et les migrations doivent être envisagés dans le contexte du développement durable, les implications en matière de sécurité de la mobilité causée par le climat font encore l'objet de débats et suscitent un intérêt considérable dans les médias. Même si la migration est de plus en plus reconnue comme une option d'adaptation légitime, susceptible d'accroître la résilience sociale face aux changements climatiques, peu de pays en développement ont mis en place des politiques visant à soutenir les migrants dans les points de destination ou leurs familles restées dans les zones sources.
 

Faire progresser les connaissances sur la mobilité dans le contexte des changements climatiques 

La recherche sur les mobilités dans les points névralgiques des changements climatiques menée dans le cadre de l'Initiative de recherche concertée sur l'adaptation en Afrique et en Asie (IRCAAA) met en lumière les nombreuses formes de mobilité en cours et les motifs complexes qui poussent les individus et les familles à se déraciner.    

Fruit d'un partenariat entre le Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) du Royaume-Uni et le CRDI, l'IRCAAA a comparé la vie des migrants et des non-migrants afin de déterminer si et comment la mobilité accroît leur résilience. Elle a également montré comment une mobilité non planifiée et non soutenue pouvait aggraver les inégalités et exclusions auxquelles sont déjà confrontées de nombreuses personnes vulnérables aux changements climatiques. Les constatations du CRDI par suite de l'IRCAAA – qui continuent de faire l'objet de publications revues par des pairs après la conclusion de l'initiative – s'ajoutent à un nombre croissant de recherches qui suggèrent que, pour la plupart des migrants, les changements climatiques sont un facteur invisible. Peu de personnes se considèrent comme étant des migrants environnementaux.
 

Une synthèse récente  (en anglais uniquement) met en évidence les constatations précédemment distinctes de l'IRCAAA provenant de multiples études sur la mobilité dans les zones côtières de faible altitude densément peuplées, les régions semi-arides et les bassins hydrographiques alimentés par l'eau des glaciers et des manteaux neigeux. Elle détermine les priorités fondées sur des données probantes pour la recherche sur les mobilités qui peuvent soutenir la politique de développement dans le contexte d'un climat changeant et de la relance sociale et économique après la pandémie de COVID-19.
 

Orienter les politiques et pratiques grâce aux connaissances issues de la recherche 

Les connaissances issues de la recherche et les conclusions fondées sur des données probantes de l'IRCAAA ont également exercé une grande influence sur les politiques de migration et d'adaptation, tant au niveau régional qu'international :  

  • Pendant que se négociait le Pacte mondial sur les migrations sous l'égide des Nations Unies, en 2017 et 2018, l'IRCAAA a produit des synthèses interprogrammes pour transmettre des enseignements qui remettent en question le discours dominant sur les migrations – lequel reflète largement les craintes des pays développés face aux migrations de masse du Sud. Les observations de l'IRCAAA ont souligné la nécessité d'une aide accrue aux pays en développement qui sont déjà aux prises avec des niveaux élevés de migration interne.  
  • Les résultats de l'IRCAAA ont alimenté la production de rapports influents à l'échelle mondiale, notamment le rapport de la Banque mondiale intitulé Groundswell, qui porte sur les changements climatiques et les migrations, le rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement portant sur le développement économique en Afrique et intitulé Les migrations au service de la transformation structurelle, et l'Atlas des migrations environnementales de l’Organisation internationale pour les migrations.  
  • Au Bangladesh, le partenaire de recherche local de l'IRCAAA a rédigé la politique sur les réfugiés et les transferts de fonds du ministère du Travail et de l'Emploi en 2015 et, durant 2017-2018, a coordonné les Dialogues nationaux du Bangladesh pour orienter le Pacte mondial des Nations unies sur les migrations. Aujourd'hui, ce même bénéficiaire préside le comité responsable du plan de mise en œuvre de la stratégie nationale sur la gestion des déplacements internes au Bangladesh. Deux bénéficiaires de la subvention du programme Adaptation aux changements climatiques et résilience (CLARE) et un administrateur de programme du CRDI font partie du groupe consultatif international du comité. 
  • Au Ghana, le ministère de l'Intérieur et le ministère du Développement local ont demandé des commentaires des partenaires de recherche pour s'assurer que la politique nationale sur la migration aborde la migration interne.  
  • La recherche sur la manière dont la migration de la main-d'œuvre contribue aux filets de sécurité sociale et à la résilience climatique a permis d'éclairer l'élaboration du plan national d'adaptation, la stratégie nationale de développement et la stratégie nationale d'adaptation aux changements climatiques du Tadjikistan jusqu'en 2030, ainsi que les plans d'action d'adaptation locaux qui en découlent.
     
Media
De l'eau durable
Centro de Apoyo a la Gestión Sustentable del Agua y el Medio Ambiente Agua Sustentable
Sustainable Water

Nouvelles orientations de recherche – et un nouveau partenariat

Dans le cadre du programme CLARE, le nouveau partenariat de recherche du CRDI avec le FCDO et l'UK Research and Innovation (UKRI), les lacunes dans les connaissances sur la migration seront abordées sous le thème Le développement dans un contexte de changements climatiques, qui vise à orienter le développement équitable et durable dans un climat qui change rapidement, en mettant l'accent sur les actions nécessaires jusqu'en 2030 et au-delà. Une plus grande proportion des investissements dans le cadre de ce thème soutiendra la recherche sur l'adaptation à court terme, en s'attaquant aux obstacles et aux possibilités de réponses efficaces, opportunes et équitables, du niveau local au niveau régional. 

En examinant l'équité et les conséquences sociales des changements climatiques, la recherche visera à mieux comprendre les implications des changements climatiques sur les déplacements et la mobilité. Dans les contextes de conflit et de fragilité, la recherche explorera comment les migrants peuvent être soutenus de manière à protéger et à améliorer leurs droits et leur bien-être et à les aider à éviter une mauvaise adaptation. 

Une optique de justice est également appliquée aux efforts de relocalisation prévus pour les communautés touchées par les changements climatiques. Le Bangladesh est le premier pays au monde à élaborer une stratégie nationale pour les déplacements planifiés liés aux changements climatiques et montre la voie pour tester des approches. Les investissements du CRDI feront en sorte que ces actions soient justes et que les efforts de relocalisation contribuent à renforcer la résilience des plus vulnérables.
 

Region

South Africa

Central African Republic

Country Profile

L’Afrique du Sud a connu une croissance considérable depuis la fin de l’apartheid, en 1994, mais les avantages qui découlent de cette croissance ne sont pas répartis également. Nombreux sont les citoyens qui n’ont toujours pas accès à une eau propre, à des services de santé adéquats et à des occasions d’améliorer leur sort sur le plan économique. Le soutien que nous apportons a porté, d’une part, sur la recherche de solutions à ces problèmes, ainsi que, d’autre part, sur les façons de tirer le meilleur parti possible des solides capacités de recherche du pays. 

Nos travaux en Afrique du Sud ont commencé par le truchement d’un programme qui avait pour but de préparer les futurs dirigeants du pays à gouverner une société démocratique multiraciale. Les premiers projets de recherche étaient axés sur la santé, les questions municipales et les politiques économiques et industrielles. D’autres activités de recherche ont permis de fournir un diagnostic et un traitement plus efficaces du VIH/sida et de la tuberculose. 

Mise en place d’un régime de concurrence vigoureux

Nous avons aidé à financer les efforts déployés par le gouvernement pour mettre en place un régime de concurrence vigoureux pouvant permettre à l’Afrique du Sud de se tailler une place équitable sur les marchés. Dans le but de renforcer les autorités de la concurrence de la région, nous avons soutenu la création, en 2010, du Forum de la concurrence en Afrique.

Les travaux que nous avons financés ont également contribué à accroître la concurrence et à réduire les taxes en ce qui concerne les technologies de l’information et de la communication, afin que leur utilisation puisse se répandre. Un autre domaine clé de soutien a permis d’offrir au public un meilleur accès aux télécentres.

Protection contre les effets des changements climatiques

Les animaux d’élevage revêtent une importance capitale pour le système agricole du pays, mais les maladies infectieuses font un véritable ravage dans les cheptels. Des chercheurs de l’Université de l’Alberta et de l’Agricultural Research Council de l’Afrique du Sud  travaillent à la mise au point d’un vaccin novateur à dose unique qui protège les chèvres, les moutons et le bétail de cinq grandes maladies. 

Les changements climatiques ont des répercussions considérables non seulement sur le secteur de l’agriculture de l’Afrique du Sud, mais également sur les habitants des villes. Dans les Cape Flats, bande de terrain plat qui s’avance dans l’océan à l’extérieur de la ville du Cap, des chercheurs ont cerné de meilleures manières de faire face aux inondations. Leurs travaux ont incité la municipalité à collaborer plus étroitement avec les collectivités et les organismes de la société civile pour trouver des solutions permettant d’atténuer les risques d’inondation et pour mener des campagnes de sensibilisation. 

Total IDRC Support

Depuis 1989, le CRDI a financé 390 activités d’une valeur de 102,1 millions $ CA

Enfants d'Afrique du Sud jouant dans un parc.
DFID / L.Mgbor

Le soutien du CRDI contribue à :

  • élaborer des réponses à long terme aux changements climatiques;
  • produire des données probantes en vue de l’élaboration de politiques plus efficaces en matière de tabagisme;
  • évaluer l’efficacité des taxes favorables à la santé;
  • trouver de meilleurs moyens de lutter contre la fièvre aphteuse du bétail;
  • faciliter le développement économique et social fondé sur les données probantes.
Image en haut : Sokoine University of Agriculture